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Ma baleine blanche

Cet article est dédié à toutes les femmes qui ont choisi d'être mère. Ou pas...

Cet article est dédié à toutes les femmes qui ont choisi d’être mère. Ou pas.

 » Née les yeux grands ouverts, une main proche de la terre, l’autre tendue vers le ciel, 

j’étais prête… La vie m’attendait. « 

Elle me réservait une épreuve à l’aune de la poursuite de Moby Dick, la baleine blanche 

du capitaine Achab*.

 » Le besoin de créer est dans l’âme comme le besoin de manger dans le corps. « 

Christian Bobin, La folle allure*

COMMENT ON FAIT LES BÉBÉS ?

Une cigogne tranporte une bulle contenant un bébé avec son doudou

Arrive l’âge où les hormones parlent dans le corps des femmes et montent à la tête 

de la plupart d’entre nous.

Pousse le désir d’enfant, souvent vers la trentaine. Tic, Tac l’horloge mesure l’échéance 

de la fécondité.

Je ne fus pas épargnée par la vague.

 » BÉBÉÉÉ  » ces quatre lettres clognotaient en permanence.

QUAND ÇA VEUT PAS

Vous êtes stérile madame !

Un stérilet posé trop tôt, une infection mal soignée et tout part en vrille.

Le passage est devenu impossible à toute nidation.

Opération reconstructrice, traitements hormonaux, rien n’y fait.

Deux grossesses extra utérines plombent le parcours de désespoir.

Image représentant l'implatation de spermatozoïdes dans l'ovule

MÈRE À TOUT PRIX

Tout, je veux tout tenter.

Une FIV* en cinq étapes ? Je me lance.

Chaque jour je vais effectuer les quatre- vingt kilomètres qui me séparent de l’hôpital 

de Brest.

Première étape, le gavage hormonal et quatorze jours de vampirisation.

Mes veines refusent, roulent, se dérobent.

Il faut piquer les mains, les pieds.

Puis arrive la super dose pour déclencher l’ovulation.

La mise en boîte suit le prélèvement d’ovocytes.

Le futur papa offre sa semence et c’est la fécondation.

Viennent trois ovocytes viables transférés in utero. Survivront- ils ?

Et s’il en venait trois ? On verra.

Je remets en route la machine à rêves.

Les œufs fécondés, implantés dans l’utérus vont- ils s’accrocher ?

Je m’imagine le ventre rond.

Éclosion de prénoms, refrains d’espérance.

L’espoir se fait la malle, les analyses sont mauvaises.

image représentant l'Antelope Canyon

JAMAIS EN CLOQUE

Nullipare : étiquette collée aux femmes qui ne peuvent procréer.

Si personne ne t’appelle maman, tu n’es pas maman, tu n’as pas de nom, tu n’existes pas.

Tu es nulle part.

Quand je pense à mon ventre…

Je vois un désert ocre, caillouteux. Rien de la douceur du sable des dunes.

Je ne vivrai jamais cette incroyable aventure.

Porter la vie.

Jamais un être qui bouge, tambourine, ravit et incommode.

Jamais de nausées matinales, de bonheurs, d’inquiétudes pour cet être utérin.

Mystère de la création, la grande inconnue au bataillon des émotions.

Mon corps ne connaîtra jamais les seins qui se tendent, la lourdeur de la baleine qui peine 

à se retourner.

Vie qui palpite à fleur de la peau qui ondule.

Les vergétures, marques étoilées, n’imprimeront pas mon corps de guerrière.

Je ne vivrai jamais les longues journées comateuses, à chanter, à bercer un être en devenir.

Aucune oreille d’homme à l’écoute, sa main tendre qui caresse la vie.

J’en ai été jalouse… longtemps.

Je le suis encore, un peu, quelquefois.

Tableau représentant une famme aux cheveux roux à sa fenêtre

LE TEMPS EST VENU

Impossible ! Je ne peux l’entendre.

Lorsque les portes utérines se ferment, il reste l’adoption.

C’est toi qui le suggère, toi, mon compagnon de vie. Toi qui ne voulais pas d’enfant.

Tu me vois au bord de l’enfer, déchirée, épuisée.

Un premier rendez- vous à la DDASS*.

 » Vous êtes un couple trop âgé pour adopter un petit enfant, encore moins un bébé.

Vous pouvez opter pour un enfant handicapé. « 

Je veux être mère avec toutes les incertitudes d’une adoption mais je ne saurai assumer 

le choix du handicap.

 » De toute façon la liste est longue et vous aurez dépassé la date limite quand viendra 

votre tour. « 

Je repars avec une liste de deux cents noms d’associations proposant leur aide 

aux familles désemparées.

Je rédige deux cents lettres pour une poignée de réponses, nébuleuses, inconsistantes.

Choquante même !

L’une d’elles propose deux enfants éthiopiens pour quelques milliers de dolars, 

le troisième est gratuit !

 » Il y a des êtres destinés l’un à l’autre.

Cela relève du domaine de l’amour.

Une promesse de vie, un secret murmuré aux oreilles des anges.

Êtres faits pour se trouver, découvrir la nature de l’amour.

Nous avions ce Rendez- vous. « 

LA RENCONTRE

Un beau jour, comme ce jour était beau.

Au hasard d’une confidence partagée dans un salon de coiffure, ma Jeanne* rencontre 

une dame brune rentrée récemment de Colombie.

Son mari et elle sont allés chercher Pierre, un bébé de quelques jours.

Un séjour court, des contacts sûrs.

Je vais à la rencontre de l’heureuse famille.

Tous les signaux s’allument, l’espoir renaît.

J’écris à la religieuse qui a permis l’adoption de Pierre.

Hermana Rosa est ma bouée d’espoir. Quelle chance, elle parle un peu le français.

Cette sainte femme me met en relation avec Betty, avocate à la réputation intègre.

Elle peut se charger des formalités à distance et favoriser les démarches dès 

qu’un enfant est éligible à l’adoption.

J’émulsionne les neurones et me remets à l’espagnol.

La DDASS donne son agrément, à nous de faire le reste.

Après quelques échanges France Colombie, le dossier aux mille et un tampons s’envole 

à destination.

Jamais courriers ne m’ont parus plus lents.

Je tue le temps en parcourant les rues parisiennes, à la recherche d’une peluche 

qui te ressemble.

Une baleine blanche.

dessin représentant un homme et une femme tendant une corde sur laquelle se tient un petit garçon

LE TEMPS DE L’ADOPTION, UNE GESTATION

Coup de tonnerre, de trafalgar, de désespoir.

Les relations franco colombiennes sont rompues, les adoptions suspendues.

Les familles d’un côté, les enfants de l’autre.

Et ça dure des mois.

Je reste désemparée, avec mon rêve.

Tu deviens ma baleine blanche, ma quête effrénée à travers les tempêtes diplomatiques.

Je garde espoir et rêve de prénoms.

Charlie, ton grand- père paternel s’appelle Charles, un parfum porte ce délicieux prénom.

Loanne, prénom de ce bébé aux yeux noirs, croisé au cours de mes tribulations hospitalières.

Une tache rose sur son front, en forme de cœur, la faisait paraître plus désirable encore.

Charlie- Loanne tu seras.

photo d'un bébé allongé sur une couverture aux damiers colorés

L’ENVELOPPE BLEUE

Le soir du 17 mai…

La poste délivre une enveloppe bleue. Le courrier est accompagné d’un photomaton.

Que tu es belle !

Tu es là, cheveux droits sur la tête, yeux noirs étonnés.

Les dix années d’attente s’envolent comme je m’envole pour la terre colombienne.

Une seule peur m’accompagne : vais- je entendre tes pleurs dans mon sommeil ?

Comment naît l’oreille de la nourrice quand le bébé n’a pas grandi en soi ?

Saurai- je te porter, t’habiller, te changer ?

Photo du canyon du Chicamocha, commune de Santander, Colombie

DES ÉMOTIONS À CHAQUE ÉTAPE

Un voyage de douze jours* sous haute tension.

Après une nuit de transit à Bogota, me voici à Bucaramanga, ta ville de naissance.

Tu arrives, parachutée sur mes genoux à bord du taxi qui nous conduit 

chez Maria Delia, notre aimable logeuse.

Mon précieux colis, tu es là !

La confiance se crée entre nous : tu ne prends ton biberon qu’avec moi.

Et j’entends le bruit de succion de ton poing lorsque tu as faim !

De retour à la capitale pour finaliser les différents documents de l’adoption, 

je ne sens ni le froid de la nuit dans la chambre, ni le danger des rues 

aux bombes imprévisibles.

La peur de te perdre ne se relâche qu’une fois à bord de l’avion du retour.

Au décollage, nous éclatons toutes deux en sanglots.

 » Quand un enfant est rêvé avant même d’être aimé, l’amour qui se déposera sur lui 

par la suite aura toujours le goût du ciel. « 

Jacques Salomé

aquarelle représentant un baleineau nageant en tenant un ballon jaune

L’ADOPTION C’EST RÉCIPROQUE

Porter un enfant est une merveilleuse épreuve, l’adoption en est une autre.

Sa peau ne connaît la vôtre.

Il faut laisser du temps à ce petit être qui a perdu ses repères.

Je n’ai pas entendu ton premier cri.

Aucun cordon ne t’a reliée à moi.

Il a fallu quelques jours pour que tes petits poings se desserrent, que ton corps 

s’abandonne contre le mien.

Et ce moment de grâce quand tu as ouvert tes bras et balbutié  » maman « .

Je suis là ma baleine blanche.

Charlie- Loanne allongée et tenant une peluche en forme de baleine blanche

COUPABLE

J’ai longtemps ressenti un sentiment de culpabilité. Voler un enfant à une autre mère.

Chaque jour j’avais l’incroyable bonheur de te tenir dans mes bras.

Comment faisait- elle sans toi ? Je te serrais encore plus fort.

Un deuxième voyage en Colombie fut nécessaire.

Escobar mettait Bogota à feu et à sang.

Des enfants jetés sur les trottoirs, voués à la mendicité.

Certains avaient ton âge.

Mon cœur s’est calmé.

Ta place est dans mes bras.

Clémentine et Charlie- Loanne disent bonjour sur la photo

L’UNIVERS SE MOQUE DU TEMPS QUI PASSE

Il m’a fallu dix années pour te trouver.

À connaître les espoirs déçus, à envier les autres mères, lorgner leur ventre rond, 

le cœur lourd.

Je bénis chaque jour passé avec Toi.

On me disait :  » Cette petite a de la chance de vous avoir.

– Non, la chance est mienne. Être avec elle est un cadeau de vie. « 

Charlie- Loanne et Clémentine lâche une lanterne chinoise

CE QUE TU M’AS APPRIS

Je n’aimais pas la paperasse, j’ai été servie.

J’ai appris à remplir un dossier d’un million de pages avec efficacité et détermination.

L’amour déplace les montagnes et survole les océans pour que deux âmes se rencontrent.

Qu’il n’est pas de fête sans enfant.

Instants de vie, de bonheur, de désespoir.

Tout ce qui célèbre la vie.

Un être nouveau, c’est le début d’une histoire, un livre qui commence son écriture.

Je vous vois, vous qui poussez dans le ventre des femmes au regard animé du seul désir 

de votre présence.

Même si le monde qui vous attend m’inquiéte et m’impressionne, vous poursuivez 

cette folie porteuse d’espérance.

Vous êtes nos enfants Avenir.

Aimer la main ouverte

C’est ce que tu m’as appris.

J’aime ma liberté, celle qui permet de choisir ce qui est bon et juste.

L’amour n’emprisonne jamais, il libère un espace inconnu qui effraie par son immensité, 

où il fait bon plonger.

Cet amour, je l’ai rencontré avec Toi.

Toi qui m’a choisie, m’aimes et me chéris comme aucun homme n’a su le faire.

Même si tu vis loin de moi.

L’amour ne se mesure pas aux nombres d’heures passées ensemble mais à leur intensité.

Charlie et Marc, son papa jouent assis sur le sol

Cet article de blog ne fait pas l’éloge de la maternité, ni de l’adoption.

Il raconte mon parcours dirigé par le besoin viscéral d’être mère que j’ai pu combler.

Il s’émerveille d’une réussite qui couronne un entêtement, une poursuite sans faille.

Je respecte la femme qui choisit la voie sans enfant par choix ou par entrave physique 

et/ou psychologique.

 » J’ai l’habitude de penser que j’étais la plus bizarre au monde, et puis je me suis dit, il y a beaucoup de personnes comme cela dans le monde, il doit bien y avoir quelqu’un comme moi qui se sent étrange et meurtrie comme moi. »

Frida Kahlo

Peinture d'enfant représentant mamie, Mila, et maman

DÉDICACES ET GRATITUDE

Merci à toi mon adorée qui a bien voulu m’adopter. Tu es la plus belle réussite de ma vie.

Merci à toi Marc qui a permis cette adoption.

Merci à toi Jeanne, ma mère chérie, à l’origine de tout.

Merci à Sœur Rosa Estrada Vega qui est restée attentive tout au long des démarches et au- delà.

Merci à mes amies qui m’ont supportée et soutenue dans mes doutes et mon attente.

Merci à Toi qui me soutient et m’encourage de ces quelques mots :  » Dis- moi « .

Merci à vous lectrice, lecteur de cet article.

* La baleine blanche : Melville nous conte la quête du capitaine Achab dans son roman,  » 

Moby Dick « . Lanzman en parle comme de quelque chose d’obsessionnel poursuivit 

toute notre vie dans son roman

 » La baleine blanche « .

Luis Sepulveda raconte l’ « Histoire d’une baleine blanche  » racontée du point de vue 

de la baleine.

* Christian Bobin ( 1951 – 2022 ) écrivain, poète, penseur.

Auteur de  » La folle allure  » entre autres merveilles.

* DDASS : Direction Départementale des Affaires sanitaires et Sociales

Supprimée le 1er avril 2010. Elle est remplacée par l’ASE, Aide Sociale à l’Enfance.

* FIV : Fécondation In Vitro

* Douze jours, c’était le temps demandé à une famille française pour adopter un enfant 

en Colombie.

Le délai a changé peu de temps après l’année de l’adoption de ma fille.

Il est à ce jour de huit semaines.

 

                        Merci pour le partage de cet article rédigé avec Amour.

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                                                                 À bientôt

                                                                                  Clem

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